Deux hommes se battent

Entre Web3 et Silicon Valley, la guerre du web aura-t-elle lieu ?

La Big Tech et la planète crypto sont dans un bateau. Sont-ils ennemis ou juste « frérots » ? Décryptage.

C’est une histoire vieille comme le monde, celle du plus petit qui mord le mollet du plus gros, David qui met la pâtée à Goliath grâce à sa fronde et un caillou. Ou bien ce serait l’homme qui tue son plus jeune frère, jaloux qu’il soit distingué par Dieu. Reposant sur la blockchain, le Web3, « jeune frère » de la Big Tech, est censé être une version plus vertueuse, décentralisée, collaborative que le web 2.0 des plateformes et des réseaux.

Sauf qu’à la fin, tout est question d’argent et d’incentives, rappelle l’ancien boss de Twitter, Jack Dorsey. Loin de l’utopie promise, le Web3 ne serait rien moins qu’une créature des investisseurs de la Silicon Valley : « Le Web3 ne vous appartient pas », a-t-il tweeté en décembre. « Il appartient aux VC et aux LP (investisseurs, ndlr). »

En tout cas, les hauts exécutifs de la Silicon Valley, bastion de la Big Tech / web 2.0 ont l’air de « follow the money » et intègrent les gros de la crypto. Le directeur marketing de Novi (le projet de wallet de Meta) a ainsi migré vers Circle, une fintech basée sur la blockchain. Le DG de l’entité cloud d’Amazon, AWS a grossi les rangs de Gemini, la fameuse plateforme de cryptotrading des frères Winklevoss. Oui, les mêmes qui ont été banni de Facebook… et de la Silicon Valley par Mark « God » Zuckerberg. L’ancien CFO de Lyft, passé aussi chez Uber, a rejoint la marketplace de NFT, OpenSea. Une migration qui se traduit entre autres par un secteur de la crypto soucieux d’être encore plus visible auprès du grand public.

Le secteur crypto au Super Bowl

Les plateformes d’échange et de trading de cryptomonnaies Coinbase, eToro et FTX se sont offert dimanche 13 février quelques spots de pub au gotha des événements sportifs, le Super Bowl. Anecdotique ? Pas vraiment. Au-delà de l’audience de quelques 100 millions de téléspectateurs, se payer un spot publicitaire dont les 30 secondes seraient vendues 7 millions de dollars sur NBC brandit très haut le message suivant : « Nous sommes bel et bien là. Et par ailleurs, SVP achetez du bitcoin ! ». Le fondateur de FTX, Sam Bankman-Fried a ainsi déclaré : « Notre message tout au long de cette année a été de dire que la cryptomonnaie est sûre, accessible et prête pour une adoption par le grand public. Il n’y a pas d’événement plus important et plus médiatisé que le Super Bowl pour partager un message comme celui-ci ». eToro s’est même fendu d’un spot un poil mégalo. « Les cryptomonnaies nous émanciperaient d’un quotidien grisâtre », c'est le message qu’on retire du visionnage.

Grand bien leur a pris. D’après Techcrunch, la publicité de Coinbase – qui balançait sur un écran noir un QR code renvoyant vers leur application – a généré une hausse des téléchargements de l’application de 309 % le jour du Super Bowl – et encore une hausse de 286 % le lendemain. eToro et FTX ne sont pas en reste : le jour du match, eToro a vu une augmentation de 132 % de ses téléchargements, puis 82 % le lendemain ; pour FTX, 130 % puis 81 %.

Pour certains, la Big Tech et la planète crypto sont dans le même bateau radical, celui des dangereux techno-béats qui siphonnent le business ou celui des révolutionnaires qui font du bien à leurs dollars.

Le média économique américain Quartz a classé ces antagonistes ou groupies de la Big Tech et de la crypto en quatre profils.

Les « techno-utopians », les amoureux des crypto et de la Big Tech

Ces derniers croient dans le pouvoir des nouvelles technologies, quelle que soit leur forme. Pour eux, les cryptomonnaies sont la voie vers un système financier plus transparent et plus équitable. Leur fier représentant serait le patron d’Alibaba, Jack Ma. « La technologie blockchain pourrait changer notre monde, bien plus profondément que ce que nous imaginons », a déclaré le fondateur de la plus grande plateforme d’e-commerce chinoise en 2018. Jack Ma, qui a également doté son mastodonte Alibaba d’une fintech Ant Financial, aurait caressé un temps l’idée de se lancer aussi dans la blockchain.

Les techno-sceptiques, les haters des crypto et de la Big Tech

Les techno-sceptiques se défient de la Big Tech qui affaiblit les grandes entreprises traditionnelles et des cryptomonnaies dont le caractère spéculatif leur semble tout du moins suspect. La patronne de la BCE, Christine Lagarde figure parmi les « méfiants » de la tech et des cryptomonnaies. En janvier 2021, elle a ainsi appelé à la régulation du « funny business », des micmacs spéculatifs autour des bitcoins. Lors d’une interview donnée à la conférence Reuters Next, elle qualifie le bitcoin d’  « actif hautement spéculatif, qui mène à de drôles d’histoires et permet certaines activités de blanchiment d’argent ».

Les « mi-figue mi-raisin » : ils aiment ou détestent les cryptomonnaies ou la Big Tech

Le mogul des affaires Warren Buffett est de ceux qui détestent les cryptomonnaies… mais investissent des millions dans la Big Tech. « Je ne possède pas de cryptomonnaie et je n’en posséderai jamais (…), elles n’ont aucune valeur et ne produisent rien », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à CNBC. Lors du même entretien, il professe son amour pour la firme à la pomme : « Apple est probablement la meilleure entreprise que je connaisse. »

Dans le clan des mi-figue mi-raisin, citons le cas d’Elon Musk. Certains de ses tweets font la pluie et le beau temps sur le cours des cryptomonnaies. Son dernier fait d’armes en date en témoigne : lorsqu’il a déclaré que les dogecoins seraient acceptés pour régler des produits Tesla, le cours des cryptomonnaies a grimpé. L’entrepreneur s’était par ailleurs inquiété de la catastrophe énergétique et environnementale que représente le bitcoin, en mai 2021.

Et vous, êtes-vous plutôt team Jack Ma, Christine Lagarde, Warren Buffett ou Elon Musk ?

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