Deux personnes dans un train

Business as unusual : expérimenter de nouveaux business modèles

Transformer un McDo en resto social, une coopérative ferroviaire qui relance des trains, des vendeurs à la sauvette qui lancent leur marque de baskets, ou encore comment baisser les émissions carbone de 150 entreprises françaises... autant d'innovations biz qui font la différence.

Le McDo d’après

Ou transformer un McDonald’s en liquidation judiciaire en restaurant social.

Qu’est-ce qui se passe ?  

En 2019, le McDonald’s de Saint-Barthélemy (le premier à avoir ouvert à Marseille) est placé en liquidation judiciaire. Depuis des années, le fast-food tenait lieu de « place du village », dans un quartier populaire où le taux de chômage touche près de 60 % de la population. Pour certains jeunes, c’était même un moyen de se réinsérer dans la société, après des périodes de délinquance.

C’est quoi le problème ?   

En 2021, la crise du Covid a fait des ravages, et il devient difficile pour les populations les plus précaires de se nourrir. Les aides de l’État ne parviennent pas à empêcher la hausse de la demande d’aide alimentaire. En novembre 2020, les stocks des banques alimentaires avaient été amputés de 20 %. L’association des banques alimentaires avait même noté que 34 % des bénéficiaires l’étaient depuis moins de six mois.

Quelles solutions ont émergé ?  

Transformer ce McDo abandonné en « fast-food social », c’est l’idée un peu folle qui a germé dans l’esprit de son ancien directeur adjoint. Et depuis le début du projet, sous forme d’association, les équipes ont aidé plus de 100 000 personnes dans le besoin en distribuant des colis alimentaires. L’ambition pour demain ? Créer une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), en proposant à 50 000 personnes de devenir copropriétaires du restaurant. Au programme : créer de l’emploi, former les jeunes exclus du monde du travail, devenir une agora d’entraide citoyenne, organiser des maraudes, cultiver des jardins nourriciers, proposer des VTC solidaires… Venez comme vous êtes, mais en mieux. 

Relancer le trafic régional des trains

Ou comment une coopérative ferroviaire veut relancer les trains.

Qu’est-ce qui se passe ?  

Avec la montée en force du flygskam et une augmentation prévue de 34 % du trafic routier d’ici 2050, il devient urgent de reconsidérer le train comme un moyen de transport privilégié. En effet, le ferroviaire consomme jusqu’à 50 fois moins de CO2 que la voiture, et 80 fois moins de CO2 que l’avion. 

C’est quoi le problème ?   

90 % des personnes en France vivent à moins de 10 km d’une gare. Une fausse bonne nouvelle, puisque 30 % des gares existantes sont en réalité non desservies. Par ailleurs, le réseau actuel dessert en priorité les grandes villes et les axes Paris-province. En cause, un cercle vicieux : des voyageurs et voyageuses qui délaissaient le train par manque de confort, la SNCF qui n’investissait plus, car les lignes n’étaient plus assez rentables, et qui a fini par les fermer.

Quelles solutions ont émergé ?  

En 2020, le marché s’est ouvert à la concurrence. Une opportunité pour développer de nouveaux services, en capitalisant sur les infrastructures existantes non utilisées. C’est ainsi que Railcoop, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), est née. Cheminots, entreprises, individus et collectivités se sont réunis pour proposer une nouvelle offre : des trains qui correspondent aux vrais besoins des gens. Wagons confortables, de la place pour stocker poussettes, skis ou vélos, partenariats avec des évènements en province, et un prix de base fixé à 38 euros. OK, on mettra plus de temps qu’en avion pour faire un Bordeaux-Lyon, mais le gain – économique, écologique et social – a de quoi nous inciter à soutenir ce joli projet.

Sortir de la précarité mais ensemble

Ou quand des vendeurs à la sauvette lancent leur marque de baskets.

Qu’est-ce qui se passe ?  

En 2019, la mairie de Barcelone estimait que les vendeurs ambulants étaient entre 600 et 700 à arpenter les coins touristiques de la ville. Leur surnom ? « Top Mantas » ( « sur la couverture » , en espagnol). Leurs produits de prédilection ? Les contrefaçons.  

C’est quoi le problème ?   

Avec une telle activité, difficile pour ces vendeurs, majoritairement migrants, de se faire apprécier. Côté mairie, on embauche carrément des forces de police spéciales pour les déloger. Côté marques, on déplore des produits de basse qualité au design volé. Par ailleurs, la crise du Covid les a durement touchés : peu protégés, ils ont subi de plein fouet les confinements, qui ne leur ont permis aucune activité. 

Quelles solutions ont émergé ?  

L’histoire commence en réalité il y a cinq ans. Un groupe de vendeurs décide de former un syndicat populaire. Conscients de la précarité de leur activité, ils ont choisi de monter leur propre marque de vêtements, baptisée Top Manta, sous la forme d’une coopérative. Aujourd’hui, ils sortent leurs premières baskets. On les découvre sur le Web, dans un manifeste qui dénonce les violences policières, les galères pour quitter son pays, les difficultés à rejoindre les siens. Non content d’emprunter ses codes au géant de la basket – Nike, pour les intimes – le clip le tacle en direct : non, la vie n’est pas qu’une longue pub pour sneakers tranquille. « It’s not about just doing it, it’s about doing it right. » Une com’ léchée et honnête qui assure aux baskets un succès immédiat. Leur petit nom ? Ande Dem, qui signifie « marcher ensemble » en wolof. Et marcher à leurs côtés, ça fait rêver : avec les bénéfices, les équipes ont employé 25 personnes et régularisé 120 sans-papiers. 

Aider les entreprises à basculer sur des modèles vertueux

Ou comment faire baisser les émissions carbone de 150 entreprises françaises.

Qu’est-ce qui se passe ?   

En mars 2021, Oxfam dressait un triste constat : les entreprises françaises font du mal à la planète. La responsabilité des boîtes du CAC 40 en matière de dérèglement climatique est même directement pointée du doigt : en moyenne, leur empreinte carbone s’élève à 4,1 tonnes de CO2eq3 à chaque fois qu’elles réalisent 1 000 euros de chiffre d’affaires. C’est l’équivalent d’un Paris-Sydney en avion. 

C’est quoi le problème ?   

Les consommateurs et consommatrices ne sont plus dupes : aujourd’hui, les marques doivent s’engager sur la voie de la transition écologique. Mais après une crise sanitaire et économique, par quoi commencer ? Quels moyens sont à la disposition des organisations ? Les questions RSE sont-elles conciliables avec celles du profit et de la rentabilité ?

Quelles solutions ont émergé ?   

La Convention des entreprises pour le climat (CEC), qui se déroule de juillet 2021 à mars 2022, réunit 150 dirigeantes et dirigeants d’entreprises. L’objectif : coconstruire des feuilles de route afin d’atteindre les ambitions européennes. Parmi les sociétés participant à l’initiative, on retrouve des secteurs variés : les champagnes Bliv, l’école EM Lyon, les produits de soin Mustela, le spécialiste du tourisme Pierre&Vacances, ou encore l’équipementier sportif Rossignol. Et le programme s’annonce intense : entre séances d’introspection individuelles, coaching collectif et partage des bonnes pratiques, on est presque à mi-chemin entre la retraite spirituelle et le brainstorming géant…

Un article à retrouver dans la revue numéro 27 de L'ADN, Plongez dans le Web d'après, à commander ici

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