Lac plansee, Tyrol, Autriche

L'hydrogène, une solution pour décarboner en profondeur les usages de l’énergie

© wingmar - getty

EDF Pulse Ventures, le fonds d’investissement du Groupe EDF dédié aux nouveaux business, a annoncé sa participation à la création d’un fonds d’investissement dédié à l’hydrogène décarboné aux côtés notamment de Total, Air Liquide, Vinci et Aéroports de Paris. Christelle Rouillé, Directrice générale d’Hynamics, filiale d’EDF, nous détaille les atouts de cette solution bas carbone.

Ce fonds mondial réunit plusieurs acteurs internationaux, industriels et financiers. Doté d’une enveloppe de 800 millions d’euros dès son lancement, le fonds devrait atteindre à terme un capital de 1,5 – 1,8 milliard d’euros, lui permettant de financer des projets d’une valeur totale estimée à 15 milliards d’euros, ce qui en fera le plus grand fonds dédié à l’hydrogène décarboné dans le monde. Les investissements soutiendront des projets d’infrastructures structurants pour le développement de la filière.

Convaincu du potentiel de croissance de ce marché et de son importance dans la transition énergétique, le groupe EDF accélère son développement dans l’hydrogène bas carbone et ambitionne de devenir à terme un acteur européen important du secteur, principalement sur les segments de l’industrie et de la mobilité. Christelle Rouillé, Directrice générale d’Hynamics (producteur et distributeur de solutions d’hydrogène bas carbone et renouvelable), filiale d’EDF, revient sur les enjeux liés à cette solution bas carbone.

Qu’est-ce que l’hydrogène décarboné ?

Aujourd’hui, l’hydrogène est fabriqué à environ 95 % à partir d’énergies fossiles. Le procédé est très émetteur de CO₂ : pour produire 1 kg d’hydrogène, on émet 10 kg de CO₂. Il existe un moyen de produire de l’hydrogène sans émettre de CO₂ : l’électrolyse, à condition que l’électricité utilisée dans le processus soit elle-même décarbonée. C’est le cas de 95 % de l’électricité produite en France par EDF.

Comment le produit-on ? Ressources ? Technologies ? Savoir-faire nécessaire ?

Pour produire et commercialiser de l’hydrogène bas carbone et renouvelable, Hynamics, filiale d’EDF spécialisée dans l’hydrogène, a fait le choix technologique de l’électrolyse. Ce procédé permet d’extraire de l’hydrogène et de l’oxygène de la molécule d’eau à partir d’une électricité bas carbone et renouvelable, sans émissions de CO₂.

L’évolution du marché de l’hydrogène place la technologie de l’électrolyse comme la plus mature, efficace et robuste pour produire de l’hydrogène décarboné. Le groupe EDF, à travers l’expertise du centre R&D EIFER situé en Allemagne et spécialisé dans l’hydrogène, s’est intéressé à ce nouveau marché dès le début des années 2000.

Aujourd’hui, grâce au mix électrique français bas carbone (nucléaire et renouvelable) et via ses premières installations commerciales (ex. : Auxerre), Hynamics propose à ses clients une offre respectueuse de l’environnement, qui contribue notamment à l’amélioration de la qualité de l’air et à la réduction des émissions de CO₂.

Quels sont les atouts énergétiques de l’hydrogène ?

Dans la mobilité, le rendement global de la chaîne de traction hydrogène s’élève à 20-25 %. À titre de comparaison, celui du véhicule à batterie s’élève à 75 %. En revanche, sa rapidité de recharge, son autonomie embarquée et son encombrement moindre, comparables à ceux d’un véhicule thermique, en font un excellent candidat sur certains segments de la mobilité lourde pour lesquels la solution batterie pourrait présenter des limites : autobus, autocars, trains circulant sur des lignes non électrifiées, poids lourds internationaux, maritime et aérien pour les moyennes distances, voire certains segments de la mobilité légère comme les taxis.

Dans l’industrie, la production d’hydrogène vert permet de décarboner des usages préexistants : raffineries (45 %), production d’engrais (45 %), production de méthanol (4 %) et sidérurgie (2 %).

Comment stocke-t-on et transporte-t-on l’hydrogène ?

Le groupe EDF, via sa filiale Hynamics, a fait le choix d’une production au plus près des usages et d’une distribution en circuit-court. Nous ne recourons donc pas au transport de l’hydrogène.

Sur site, nous le stockons en deux phases :

  • Le buffer : Il s’agit d’un stockage tampon. D’une capacité de 20 m3 (50 kg à 30 bars), il recueille l’hydrogène produit dans l’électrolyseur.
  • Le stockage haute pression : D’une capacité d’environ 17 m3 (500 kg à 450 bars), il est composé de plusieurs groupes de cylindres afin de pouvoir faire monter progressivement en pression les réservoirs des véhicules alimentés.

Quel est le coût de production de l'hydrogène décarboné ?

L’hydrogène produit aujourd’hui au sein de la station d’Auxerre, inaugurée par Hynamics il y a quelques jours, est à 12 euros le kilo. L’objectif est de diviser ce coût par deux. La parité diesel-hydrogène est atteinte à un prix de 6 euros le kilo pour l’hydrogène, les opérateurs gagnant en maintenance pour un véhicule H2 par rapport à un véhicule diesel.

Les coûts de production et de distribution de l’hydrogène, ainsi que les coûts de fabrication des équipements et des composants, devraient baisser de 50 % d’ici 2030, ce qui rendra l’hydrogène compétitif face aux alternatives bas carbone, voire même face aux sources d’énergie traditionnelles.

Cette baisse des coûts sera liée à la massification des projets (tels que la station Hynamics à Auxerre), des usages, et donc de la production. Elle ne deviendra cependant réalité qu’à condition de pouvoir compter sur l’appui politique et financier des acteurs institutionnels.

Comment expliquez-vous l’élan actuel pour cette énergie ?

L’hydrogène fait actuellement l’objet d’une attention très forte, comme solution pour décarboner en profondeur les usages de l’énergie qu’il serait difficile d’électrifier, permettant ainsi l’atteinte de la neutralité carbone. De nombreux pays viennent ainsi d’entériner une stratégie de développement très ambitieuse, au premier rang desquels figurent la France et l'Allemagne. La demande d’hydrogène décarboné va croître fortement dans les années à venir dans l’industrie pour des usages non énergétiques (chimie, sidérurgie…) et dans certains segments des transports difficilement électrifiables (trains, autobus, poids lourds internationaux…). La baisse probable des coûts des électrolyseurs, combinée à des conditions favorables pour la production photovoltaïque ou éolienne pourrait permettre de disposer d’un hydrogène vert à bas coût dans les années à venir.

L’AIE* a appelé à aller « plus vite ». Selon vous, comment est-ce faisable ?

L’Europe s’est massivement engagée pour la transition énergétique, via notamment le développement de l’hydrogène, grâce à des mesures incitatives. Celles-ci sont absolument nécessaires pour un déploiement massif, la filière hydrogène n’étant pas encore industrialisée. Le gouvernement français a récemment dévoilé son plan France 2030 pour développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir, y compris dans le secteur de l’hydrogène ; c’est significatif pour accélérer le déploiement rapide des infrastructures et des usages.

Quels sont les secteurs qui pourraient être décarbonés en priorité ?

Le groupe EDF, via sa filiale Hynamics, adresse deux marchés fortement émetteurs de CO₂ :

  • Pour les clients industriels, pour lesquels l’hydrogène est une matière nécessaire (raffinerie, verrerie, agro-alimentaire, chimie...) Hynamics installe, exploite et assure la maintenance de centrales de production d’hydrogène, en investissant dans les infrastructures nécessaires ;
  • Pour les acteurs de la mobilité publique et professionnelle, Hynamics contribue à mailler les territoires de stations de distribution pour recharger en hydrogène les flottes de véhicules lourds tels que les trains, bus, bennes à ordures ménagères, les véhicules utilitaires ou encore les moyens de transport fluviaux.

Pourquoi EDF Pulse Ventures a-t-elle décidé de participer à la création d’un fonds d’investissement dédié à l’hydrogène décarboné ?

L’hydrogène bas carbone est amené à jouer un rôle majeur dans l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. Outre l’enjeu écologique, le défi est industriel : créer un écosystème industriel, international et compétitif. Pour y parvenir, il est essentiel de fédérer l’ensemble des acteurs. C’est à cette fin qu’EDF participe depuis sa création début 2021 au Conseil national de l’hydrogène. La participation d’EDF à ce fonds, auprès d’autres grands industriels de l’hydrogène, est une étape supplémentaire qui souligne l’engagement du Groupe dans cette démarche.

Avec la participation d’EDF Pulse Ventures, le Groupe pourra bénéficier d’un accès à une veille de qualité sur l’ensemble des géographies porteuses du marché de l’hydrogène, ce qui bénéficiera in fine à la définition de notre propre stratégie.

*AIE : Agence Internationale de l'Énergie

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