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Josep Catlla, Sanofi : « La pandémie a remis la question de la santé à sa place »

© Antoni Shkraba

On n'a jamais autant parlé de santé dans l'espace public. Alors que Sanofi déploie sa nouvelle identité de marque, on a demandé à Josep Catlla, SVP et directeur de la communication et RSE de Sanofi de nous parler des mutations de la communication dans la santé.

Comment parle-t-on de santé dans un environnement où tout un chacun s'érige "expert" mais où d'un coup, la parole scientifique est mise sous le feu des projecteurs ? Entretien.

Josep Catlla, directeur de la communication de Sanofi

Que signifie être communicant dans la santé ? Votre fonction a probablement évolué depuis la pandémie…

Josep Catlla : Oui, la question se pose d’autant plus par les temps qui courent. La pandémie a remis la question de la santé à sa place. Le sujet nous concerne toutes et tous. Dans le débat public, on traite souvent la question de la santé par le prisme de son coût, si un médicament est cher ou pas. On interroge peu la question de son fonctionnement, de sa conception.

Je ne suis pas scientifique de formation, mais être communicant dans la santé est un métier de vocation. Comme les médecins, vous ne pouvez être un bon communicant dans la santé si le sujet ne vous intéresse pas. Le métier n’est pas facile, vous abordez des sujets ayant trait à des maladies, vous parlez de patients qui ont besoin d’un traitement, d’une solution concrète, alors que nous n’avons pas toujours la solution. Des chercheurs, des professionnels de la santé me parlent souvent de la frustration qu’ils éprouvent à ne pas réussir à trouver la bonne molécule – alors qu’ils y travaillent depuis 6, 7 années – pour faire avancer la lutte contre le cancer ou la recherche sur les maladies auto-immunes.

Est-ce qu’en tant que communicant dans la santé, nous avons changé notre manière de travailler sur ces 2 dernières années ? Je crois que oui. Comme je vous le disais, nous revenons aux sources, à des choses simples. On a dû rendre encore plus compréhensible le métier de Sanofi. D’un coup, et c’est normal, tout le monde souhaitait comprendre comment on faisait un vaccin, comment on peut le faire en 18 mois et plus en 10 ans, ou comment on pouvait utiliser un médicament qui traitait un autre problème à d’autres fins. Je crois qu’on a pris conscience de notre rôle et notre devoir d’essayer d’amener plus de fond et de calme dans un débat où tout le monde est devenu d’un coup expert.

Est-ce que vous avez vraiment noté un plus grand désir du grand public de comprendre ?

On pouvait être frustré parfois que certains sujets n’intéressent pas. Les scientifiques, les chercheurs parlent beaucoup entre eux, ils ont à cœur de partager les avancées de leurs recherches. On s’interrogeait beaucoup pour pouvoir transmettre ce même goût du partage et de la connaissance autour de la recherche en santé. La bonne nouvelle, c’est que ça a changé : il y a une volonté grandissante d’écouter, de mieux comprendre les rouages. On évolue dans un milieu où les fake news, la mésinformation sont fatales.

Ces deux dernières années, les projecteurs ont été tournés vers le monde scientifique – et vos chercheurs.

Oui, les scientifiques sont devenus de nouvelles stars, et c’est tant mieux. J’ai passé dimanche dernier avec un collègue américain. Il est médecin de formation et travaille chez nous dans la recherche en immunologie, sur des projets de recherche très pointus, sur de nouveaux médicaments. C’est fascinant. Il me racontait son enfance en périphérie de New York. Sa famille n’avait pas beaucoup de moyens. Il avait remarqué autour de lui une certaine appréhension envers les médecins. Ça a probablement nourri sa vocation, il a décidé de devenir médecin pour pouvoir aider sa famille, et plus largement sa communauté, pour qu’ils ne craignent plus les visites médicales. Et tout simplement qu’ils se fassent soigner. Puis une fois devenu médecin, il a réalisé que si en tant que médecin, il pouvait soigner une personne, en passant dans la recherche, il pouvait contribuer à en sauver des milliers, des centaines de milliers. Vous voyez, la vocation ! C’est une bonne nouvelle que le monde scientifique – et la recherche médicale – soit mis sous les projecteurs pour aider tout un chacun à comprendre la science et la biologie, ses mécanismes complexes.

C’est peu sorti à l’extérieur mais pendant la pandémie, j’ai trouvé très beau ce qui s’est passé chez nous. Les équipes de nos sites de fabrication ont été mises en valeur par leurs collègues. Au tout début de la pandémie, lors du premier confinement, les équipes internes ont dû s’organiser dans les usines pour continuer à produire. Dans le cas de Doliprane, par exemple, il y avait une demande importante. Nos concurrents ne disposaient pas du principe actif, nous si ; la demande était plus forte. On a eu des volontaires en interne pour venir travailler sur les sites. On a vu naître un vrai mouvement de soutien de ces travailleurs de la première ligne. Des félicitations s’échangeaient, les encouragements fusaient. D’ordinaire, les gens qui travaillent sur nos sites sont davantage dans l’ombre. Ils sont devenus un peu nos héros en interne de manière très spontanée. Et d’ailleurs, cette valorisation, l’humanisation de nos métiers, elle est en fil rouge de notre nouvelle identité de marque.

Comment ça ?

On a donc déployé notre nouvelle image de marque, la semaine dernière, et pour accompagner son lancement, nous avons réalisé des interviews vidéo de nos collègues. Ça fait partie de ce qu’on a appris ces derniers mois. En racontant leur travail, les raisons pour lesquelles ils travaillent dans la santé, ils racontent l’histoire et la raison d’être de notre groupe. Et ce sont des gens qui travaillent à des postes, à des endroits complètement différents. Je ne dis pas ça parce qu’on vient de la lancer, mais pour moi, c’est sûrement l’une des meilleures campagnes sur lesquelles j’ai travaillé, parce qu’elle est authentique.

Pas besoin d’aller voir des célébrités ; nos célébrités sont à la maison, la connaissance est à la maison. Ils sont nos meilleurs ambassadeurs. Ils croient en ce qu’ils font.

On a pu reprocher à notre domaine d’être corporatiste. Mais vous savez, notre industrie est très règlementée, on ne peut pas faire ou dire n’importe quoi. Tout devait être soumis au juridique. Mais je crois énormément – et c’est grâce à notre nouveau CEO (arrivé il y a trois ans) – qu’il faut qu’on s’exprime davantage, qu’on incarne davantage notre métier. Ouvrons les portes !

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