homme qui crie

Les travailleurs de la gig economy contre-attaquent, ou ce qu’ils nous racontent des nouveaux modes de gouvernance

© twitter.com/Shut_downAmazon

À New York, 8000 employés d’Amazon viennent de créer le tout premier syndicat du géant américain. En Chine, des travailleurs de la gig economy se sont organisés sur WeChat pour contrer les pressions exercées par des algorithmes. Que disent ces revendications du futur du travail en entreprise ?

Fin mars 2022, les employés d’un entrepôt d’Amazon à New York votent en faveur de la création d’un syndicat pour les représenter, l’ALU (Amazon Labor Union). JFK8, un entrepôt où travaillent quelque 8000 travailleurs sur Staten Island, devient le premier à se doter d’un syndicat. Amazon, deuxième plus gros employeur aux États-Unis, avait jusqu’à présent repoussé les revendications de ses salariés.

C’est dans ce même entrepôt que Chris Smalls a travaillé et a été licencié en mars 2020 (il préside désormais le syndicat) alors qu’il avait manifesté pour plus de reconnaissance pour ses collègues et lui. Il réclamait « une pause déjeuner, des congés maladie, une augmentation de salaire, la présence syndicale aux conseils de discipline », rapportait Mediapart dans un reportage.

Deux années plus tard, sa lutte – et celle d’une douzaine de ses camarades – est récompensée et couronnée par la création de ce syndicat, un exploit dans un pays où les plus gros syndicats ont échoué à donner des conditions de travail plus favorables aux travailleurs de la gig economy. Et qui devrait faire des émules, affirment les élus de l’ALU, dans d’autres entrepôts. Pour l’heure, la loi oblige l’entreprise à entamer des discussions avec ces nouveaux délégués du personnel.

L’algo, ce nouveau manager

À la mi-mars, Wired racontait comment en Chine, les travailleurs de la gig economy se sont rebellés contre leurs vrais chefs… les algorithmes. En Chine, l’économie des plateformes emploierait un quart de la population active. Ils seraient plus de 200 millions à travailler de manière « flexible ». Outre des avantages sociaux quasi inexistants, ces indépendants souffrent des pressions régulières exercées sur la base de données, produites par des algorithmes. Travailler plus rapidement et davantage.

Contre cette tyrannie tout algorithmique, certains travailleurs se sont organisés sur WeChat et Douyin (le TikTok chinois). Dans des groupes de conversation, les coursiers et livreurs échangent des infos à propos des « no-fly zones », lieux où refuser des livraisons. Par exemple les grands ensembles où les bâtiments sont légion et sont autant de possibilités de perdre un temps précieux. « Les livreurs savent que c’est impossible de livrer dans les temps. Ils refusent donc collectivement d’y livrer jusqu’à ce que le prix soit haussé à sa juste valeur », analyse dans Wired le chercheur Tiziano Bonini. Ces livreurs vont encore plus loin. Dans les très grandes villes chinoises, certains s’organisent en « stations », sortes de coopératives non-officielles pour proposer leurs services en direct aux restaurants. Une manière pour eux de s’affranchir davantage de la frénésie des algorithmes qui dopent les plateformes de livraison. Travailler en « stations » renverse la balance des « pouvoirs » et de la négociation. Une initiative courageuse puisqu’en Chine, les syndicats et les grèves sont prohibés.

Un nouveau contrat social

Que nous racontent ces mouvements de résistance d’un nouveau genre ? Qu’il faudrait, à l’instar de ce qu’expliquait Nicolas Colin dans un précédent ouvrage, Un contrat social pour l’âge entrepreneurial (paru aux éditions Odile Jacob). Soit repenser un contrat social – statut, avantages sociaux, assurance, moyens de négocier, nouveaux syndicats – à l’heure des salariés devenus travailleurs hybrides, des indépendants devenus plus nombreux et des travailleurs d’une gig economy qui mute en permanence. Que face aux mathématiques, le collectif prévaut, comme nous raconte l’histoire des travailleurs chinois, mais également celui de cet orchestre qui prospère avec un leadership partagé.

Comme l’abordait dans une précédente interview la vice-présidente de l’ANDRH, Laurence Breton-Kueny, face au travail hybride, l’entreprise n’est pas toujours armée : « Au niveau de l’ANDRH, nous recommandons une évolution du code du travail qui n’est pas adapté au modèle hybride. » Une évolution qui devrait toucher et infuser toutes les strates du travail aujourd’hui.

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