Shecession

La « shecession » ou la récession rose

© Layla Bird

Selon une étude de la Fondation des Femmes, la crise aurait accentué les inégalités femmes-hommes en entreprise. Certains parlent même de « shecession ». Décryptage.

L'étude « L’impact du covid-19 sur l’emploi des femmes » réalisée un an après le premier confinement par la Fondation des Femmes a analysé les conséquences économiques de l’épidémie de covid-19 sur l’emploi des femmes. Le rapport met en exergue les phénomènes qui sont venus renforcer la situation d’inégalité que subissent les femmes sur le marché de l’emploi. Pour illustrer cet état de fait, qui n'est pas propre à la France, C. Nicole Mason, présidente de l’Institute for Women’s Policy Research, a proposé le terme « shecession », contraction du pronom « she » ( « elle » ) et du mot « recession ».

La shecession se caractérise par 3 phénomènes :

1 - L’épidémie n’a pas été neutre

Selon l'étude, dans le cadre du premier confinement qui a duré près de 2 mois, et impliqué la fermeture des écoles ainsi que le confinement en famille, on a pu constater que dans la majorité des familles, parmi les personnes en emploi, ce sont les mères qui se sont arrêté de travailler (21 % contre 12 % des pères) pour s’occuper des enfants.

2 - Les métiers des services fortement impactés

À la différence de la crise de 2008, qui avait touché principalement l’industrie et la construction, la pandémie a frappé les services, métiers largement occupés par les femmes. Toutefois, toutes les femmes n’ont pas été impactées de la même manière. D'un côté la crise a imposé un arrêt partiel ou total du travail pour celles qui exerçaient des activités jugées « non essentielles ».

Quand d’autres ont dû se (sur)mobiliser face à l’urgence (infirmières, aides-soignantes, caissières et vendeuses, enseignantes...).

3 - Un plan de relance qui risque d’amplifier les inégalités

Selon l’étude, seuls 7 milliards d’euros sur les 35 alloués aux plans de soutien sectoriels seront investis dans les emplois de femmes : 8 milliards d’euros pour l’automobile, 15 milliards pour l’aéronautique, 4 milliards pour les entreprises technologiques et enfin, près de 8 milliards pour le secteur du bâtiment et des travaux publics.

De plus, l'étude alerte sur le fait que les plans de soutien se concentrent sur la transition écologique et le numérique, des secteurs où les femmes sont peu représentées.

Contrer la shecession

Pour agir contre cette récession rose, la Fondation des Femmes propose un plan de relance autour de trois axes :

  • Favoriser une politique d'investissement au service de l'égalité entre les femmes et les hommes : mise en place d'un service public de la petite enfance, rattrapage et revalorisation des métiers sociaux de première ligne, financement de formation et reconversion des femmes vers les filières d'avenir.
  • Prévenir les inégalités, notamment au travers des négociations sur les nouvelles formes d'emploi (télétravail, travail hybride...) et de la réforme de l'assurance chômage et prévenir les violences faites aux femmes.
  • Favoriser la mixité, comme levier d'égalité : associer les femmes aux décisions et à la gouvernance, mieux mesurer les inégalités professionnelles, et conditionner les aides du plan de relance au respect de l'égalité entre les femmes et les hommes.
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