Forêt vu du dessus en automne

« L’idée de neutralité carbone n’a de sens qu’au niveau de la planète et non d’une organisation »

© franckreporter - getty

Planète Urgence a initié une étude sur les enjeux de financement climat des organisations d’intérêt général. Les résultats sont sans appel : 72 % des ONG et fondations estiment que les financements au service des projets climat ne sont pas adaptés et 67 % souhaitent que des alternatives à la finance carbone volontaire soit créées.

Les dons, principaux moyens de financement des activités climat des organisations

Planète Urgence, avec le soutien du GERES, de Coordination Sud, la Coalition des fondations pour le climat et le Réseau Action Climat, a initié puis réalisé une étude auprès de 41 organisations d’intérêt général venant de 18 pays – en majorité des associations, fondations et fonds de dotation – afin de mieux identifier les enjeux de financements de ces organisations au service des projets d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.

Ces 41 organisations affirment avoir déjà une large contribution sur le climat – que ce soit sur les enjeux de sensibilisation, d’adaptation ou sur la réduction des émissions. Elles estiment cependant qu’elles pourraient encore accroître cet impact et intégrer davantage le climat dans les phases de diagnostic et d’évaluation des projets. Les deux principaux facteurs bloquants pour la prise en compte du climat dans les activités sont des financements non adaptés pour 72 % des organisations et un manque d’outils d’évaluation et de monitoring pour 61,5 % des répondants.

Aujourd’hui, les principaux moyens de financement des activités climat des organisations sont les dons en mécénat dédiés au climat ou non et les financements bailleurs dédiés au climat ou non.

Les crédits-carbone inadaptés

Concernant les crédits-carbone, 25 % des organisations seulement en ont acheté ou vendu alors que 80 % s’y sont intéressées. Parmi ces organisations, 30 % ont préféré ne pas choisir ce type de financement, et 27 % hésitent encore à s’y engager. Les principaux freins évoqués par les acteurs sont le niveau de complexité et l’inadéquation avec des projets de qualité.

La finance carbone volontaire

Près de 67 % des acteurs souhaitent trouver des alternatives à la finance carbone volontaire. Trois alternatives émergent prioritairement pour les grands projets :

  • Du mécénat climatique avec une labellisation.
  • Du crédit-carbone certifié avec un label de qualité sur d’autres bénéfices que le climat.
  • Des financements hybrides mécénat et finance carbone.

Pour les petits projets, les acteurs soulignent majoritairement le rôle du mécénat comme alternative légitime à la finance carbone. Pour 80 % des acteurs, une transparence complète des méthodologies et des chiffres de mesure des impacts climat sera essentielle pour proposer des alternatives à la finance carbone volontaire ; ils sont aussi majoritaires à prôner la création d’un référentiel commun d’indicateurs climat. Enfin, plus de 70 % des organisations souhaitent faire partie d’un groupe de réflexion sur les alternatives à la finance carbone volontaire.

Les 4 principes clefs de la contribution carbone des entreprises

Planète Urgence a de nombreuses demandes de compensation carbone de la part des entreprises et souhaite partager quatre principes clefs qui doivent guider tout financement de projets en cohérence avec les enjeux climatiques. L’association souhaite ainsi proposer une critique constructive afin que la recherche de l’impact prévale sur toute autre considération financière.

Réduire ses émissions avant tout

L’idée de neutralité n’a de sens qu’au niveau de la planète et non d’une organisation. La priorité d’une organisation doit être avant tout de mesurer et de s’engager sur une trajectoire de réduction de ses émissions extrêmement exigeante et en cohérence avec les accords de Paris. Une organisation doit donc s’attacher à réduire drastiquement ses émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre et elle doit aussi être proactive pour éviter l’ensemble des émissions induites par son activité.

Contribuer plutôt que compenser

Les organisations peuvent contribuer autant que possible à l’effort de préservation des puits de carbone mondiaux, dans et hors des chaînes de valeur en parallèle de la réduction des émissions. Le terme de compensation est galvaudé, car il serait faux de penser que ce qui a été émis pendant une année, puisse être compensé sur 30 années – notamment dans le cadre de projets forestiers. Les crédits-carbone vendus sur le marché volontaire représentent un outil de financement utile mais non suffisant, car ils ne permettent pas de financer tous les projets ayant un impact sur le climat et les bas prix pratiqués ne permettent souvent pas de garantir des projets de qualité. Le mécénat en faveur des projets forestiers peut être une alternative intéressante pour contribuer à la protection et restauration des puits de carbone.

Agir sur l’atténuation et l’adaptation, en priorité dans les pays les plus vulnérables

Le changement climatique est la conséquence du mode de production et de consommation des pays les plus riches, or, ceux qui vont en payer les plus lourdes conséquences sont les habitants des pays les plus pauvres. Il nous semble donc important de s’assurer avoir une attention particulière sur le financement de projets à destination des pays du Sud pour les aider à mieux gérer les impacts du changement climatique et à s’y adapter.

Ne financer que des projets liant climat, biodiversité et lutte contre les inégalités

Les forêts sont aux confins des enjeux de biodiversité (elles hébergent 80 % de la biodiversité mondiale, IPBES 2019) et humains (250 millions de personnes en situation d’extrême pauvreté vivent à moins de 5 km d’une forêt, FAO 2020). Il est donc essentiel de s’assurer que les projets visant un impact sur le climat intègrent systématiquement les enjeux de biodiversité et de lutte contre les inégalités, c’est une garantie pour la pérennité de l’impact.

Planète Urgence s’inscrit dans la démarche Net Zero Initiative de Carbone 4 et appuie ses recommandations sur les échanges initiés au sein de la Commission Climat et Développement de Coordination Sud.

Les actions de Planète Urgence en faveur du climat

  • L'atténuer grâce à la préservation des forêts
  • Aider les populations locales à s’adapter
  • Sensibiliser et mobiliser les acteurs sur le changement climatique
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.