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Comment La Banque Postale est en train de devenir une entreprise à mission


Que donne concrètement la mise en place d’une entreprise à mission… dans une banque ? Des éléments de réponse avec Adrienne Horel-Pagès, directrice de l'engagement citoyen de La Banque Postale.

Dans un précédent entretien, Anne Mollet, qui dirige l’association la Communauté des Entreprises à Mission, nous éclairait sur les enjeux d’une entreprise à mission. En juin 2021, dans la lignée de son actionnaire principal La Poste, la Banque Postale annonçait s’engager à devenir une entreprise à mission. Avec sa démarche d’ « œuvrer à une transition juste », selon les dires mêmes de son président du directoire Philippe Heim, l’entreprise est l’un des premiers acteurs du secteur bancaire et financier à devenir une entreprise à mission – et espère inspirer d’autres banques à suivre la marche. Adrienne Horel-Pagès, directrice de l'engagement citoyen de La Banque Postale revient sur la mise en place et les enjeux – très concrets – d’une banque qui devient « entreprise à mission ». Entretien. 

La Banque Postale s’est positionnée dès le départ en tant que banque citoyenne. Ce positionnement a-t-il posé les bases de votre trajectoire vers l’entreprise à mission ?

Oui, c’est une démarche qui s’inscrit dans l'ADN profondément citoyen de La Banque Postale et la dynamique impulsée par notre plan stratégique depuis 2020. Nous voulons être à la fois leader et pionnier en matière de finance durable. Nous sommes une jeune banque.

À notre création en 2006, il n’y avait pas à proprement parler besoin d’une nouvelle banque dans le paysage bancaire français. En revanche, il était nécessaire d’avoir une banque ancrée dans les territoires. En 2009, l’État a confié une quatrième mission à la Poste – transmise à la Banque Postale : celle de l’accessibilité bancaire.

Aujourd’hui 1,5 million de clients fragiles sont en mesure d'utiliser le Livret A qui est pour eux un outil de bancarisation, permettant de faire des retraits d’argent liquide, en particulier aux guichets. Il permet aussi de percevoir des revenus sociaux. Nous accompagnons ainsi des personnes qui autrement, seraient complètement exclues du système bancaire.

Comment avez-vous initié la démarche ?

Nous nous inscrivons dans le sillage de notre actionnaire principal et unique qui est la Poste. (Cette dernière a annoncé devenir entreprise à mission en juin 2021, ndlr). C’est structurant pour notre actionnaire, nos dirigeants, mais aussi pour tous nos collaborateurs. Ça engage une révolution interne, mais aussi, dans le monde financier. Dans le secteur financier, nous sommes les seuls avec le Crédit Mutuel et la MAIF à nous être engagés dans cette voie d’entreprise à mission. Danone est par ailleurs, je le rappelle, la seule entreprise du SBF 120 à être passée entreprise à mission.

Pour nous, c’est évidemment très engageant. Nous avons intégré dans nos statuts notre raison d’être, mais aussi nos objectifs (à mission, ndlr). Comme le prévoit la loi, nous sommes évalués par un comité de mission que nous avons souhaité très ouvert sur l’extérieur. On a réfléchi longtemps avec notre conseil de surveillance et la direction juridique, à comment ce comité de mission pouvait s’intégrer dans la gouvernance de la maison. On apprend en marchant. C’est un statut tout nouveau.

C’est effectivement engageant pour vous. Concrètement, cela signifie-t-il que le comité a un rôle dans la gouvernance ? Est-il décisionnaire ?

Nous l’avons positionné comme un comité qui éclaire le directoire dans sa stratégie. Il apporte un regard externe. Son mandat est circonscrit autour du suivi de la mission. Il suit la façon dont nous exécutons la mission et en particulier, dont on avance sur nos trois objectifs statutaires.

Comme je vous le disais, nous avons souhaité un comité de mission ouvert vers l’extérieur, composé d’experts et aussi de dirigeants d’entreprise qui soient comme nous aux prises avec les arbitrages que nécessitent au quotidien la transformation d'un modèle économique vers plus de durabilité. Joël Tronchon qui est directeur Développement Durable Europe de L'Oréal a officié chez SEB et surtout initié, bien avant la Loi sur l’économie circulaire, leur transition de modèle économique vers le circulaire. C’était visionnaire. Sandrine Bouttier Stref, VP chez Sanofi à la tête de la RSE y siège également. C’est intéressant pour nous. Le secteur de la santé est très réglementé, comme le secteur bancaire. Des économistes, des collaborateurs, des spécialistes du climat, des acteurs de la société civile, en particulier des ONG et associations, ont rejoint le comité.

Et évidemment, nous avons nos représentants internes, collaborateurs et nos actionnaires, la Caisse des Dépôts et la Poste. Nous démarrons officiellement les travaux en ce moment. Leur premier chantier sera de définir des indicateurs qui vont permettre de piloter nos objectifs de telle sorte qu’ils s’inscrivent sur le long terme.

À l’occasion des « Dialogues de l’économie citoyenne », Philippe Heim, le président du directoire, dévoilait la transformation de son modèle de banque. Vous avez statué trois objectifs. Quels sont-ils ?

On en a trois : le premier est de transformer le modèle de bancassurance par la culture de l’impact environnemental, social et territorial. Le deuxième est de développer une offre à impact pour répondre aux besoins de nos clients sur les enjeux environnementaux, sociaux et territoriaux. Et enfin, le troisième est de faire progresser les standards et les pratiques réglementaires dans le secteur de la banque et de l'assurance par l'exemple de notre action.

Le premier se déploie concrètement grâce à deux leviers. D’abord par la structuration de la gouvernance. Par exemple, désormais, dans les objectifs managériaux des collaborateurs figure un objectif lié à l’un des trois objectifs (à mission, ndlr). Pour la direction marketing, ça signifiera développer des offres à impact ; pour la direction juridique, la mise en œuvre de la conformité et de la réglementation en finance durable. Ensuite par la transformation de la façon dont nous concevons nos offres. On a également mis en place ce qu’on appelle une « checklist ESG » qui évalue la qualité environnementale et sociale de nos produits.

Vous êtes aux prémices de votre démarche, mais existe-t-il déjà des produits à impact dans votre offre ?

Oui, ils existent déjà. En septembre notamment, on a développé un crédit consommation à impact, pour financer des travaux de rénovation énergétique ou l’achat d’un véhicule. Le grand « chapeau » de notre mission, de notre raison d’être repose sur l’idée de la transition juste. Le cas du crédit à la consommation à impact est éloquent. Tout le monde ne peut pas acheter un véhicule vert. Nous avons donc proposé pour ceux qui ne peuvent qu’acheter un véhicule thermique, de compenser les émissions générées par le véhicule pendant 2 ans. Sur ce projet, nous avons été accompagnés par WWF.

Votre président défend l’idée d’une transition qui n’est pas antithétique avec la performance économique… Vous avez un exemple ?

Prenons l’exemple du Prêt Avance Rénovation que nous avons lancé fin janvier. Nous sommes aujourd’hui les seules banques avec le Crédit Mutuel à le distribuer. Lorsque vous financez des travaux de rénovation énergétique, il y a souvent un reste à charge, même après les aides. Nous proposons donc un prêt à taux fixe qui permet de le financer. Mais surtout il ne sera remboursé qu’in fine, soit au moment de la succession, soit de la vente du bien. C’est doublement intéressant : on aide à financer la rénovation énergétique, on permet à une population à faible revenu de réduire leur facture énergétique et de vivre dans un logement décent. Nous avons un impact social et économique. En menant ces travaux, nos clients valorisent leur bien. Nous sommes vraiment dans la construction d’un modèle économique durable.

Et dans le milieu de l’investissement ?

Ça vaut aussi. Notre filiale de gestion d'actifs LBP Asset Management, qui produit tous les fonds que l'on distribue dans le réseau en matière d'épargne, est 100 % ISR (investissement socialement responsable) depuis fin 2020. Et ça nous sert : nous avons gagné des mandats auprès d’institutions grâce à cette expertise ISR.

Un autre exemple de performance économique : celui de la ville de Besançon. La municipalité nous a choisi en tant que partenaire financier pour notre expertise. La Ville a mis en place une grille de sélection composée de toute une série de critères extra financiers, développés d’ailleurs avec des ONG. Nous nous plaçons en tant que pionnier.

Et si je comprends bien votre troisième objectif, vous souhaitez donner également l’exemple ?

Oui, nous voulons faire progresser les pratiques réglementaires dans le secteur de la bancassurance par l’exemple de notre action. En octobre dernier, nous avons fait valider notre trajectoire de décarbonation par le Science Based Targets, un organisme qui aujourd'hui, certifie de manière scientifique les trajectoires dans tous les secteurs. Nous étions une des quatre premières institutions financières à avoir fait valider notre trajectoire. La finance durable est un domaine où chaque acteur a sa propre définition. Nous souhaitons être le plus objectif possible et sortir du débat de conviction, en nous appuyant sur des éléments très factuels, qui font de la citoyenneté un levier de performance économique. En l’occurrence, la science !

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