Modèle d’entreprise et management :  les sept familles

Modèle d’entreprise et management : le jeu des sept familles

© Viesinsh

Structure à multiples facettes qui sait s’adapter à l’esprit du temps, l’entreprise a connu de nombreuses évolutions dans son organisation comme dans ses modes de management. On fait le point en sept familles.

La firme du « papatron »

C’est quoi ? Le paternalisme industriel prend forme au XIXe siècle, sous l’influence de familles comme les Michelin à Clermont-Ferrand, les Schneider au Creusot ou les Krupp à Essen. Les dirigeants considèrent que leur rôle de patron consiste à prendre en charge tous les aspects de la vie sociale et familiale de leurs employés, et construisent écoles, hôpitaux, logements et églises autour de leurs villes-usines.

Management ? Cette approche assure la sécurité de l’emploi aux salariés, mais témoigne aussi d’une volonté de contrôle de la classe ouvrière. Le non-respect des règles établies par le patron-propriétaire entraîne des sanctions. De nombreuses révoltes ouvrières éclateront, comme en 1870 et en 1899 au Creusot.

Les Damnés de L. Visconti (1969) retrace la saga d'une de ses familles "papatronales", inspirée des Krupp

La SCOP (société coopérative et participative), un truc entre potes ?

Philosophie ? Le mouvement des coopératives vient de la pensée socialiste du XIXe siècle, de Saint-Simon à Charles Fourier ou Proudhon. Autonomie, horizontalité, partage et gestion en commun sont les valeurs cardinales du mouvement, qui s’inscrit contre les tendances à la concentration du pouvoir et à la verticalité des entreprises traditionnelles. La structure coopérative qui associe les sociétaires à la gouvernance au niveau local est notamment adoptée par les banques Crédit Agricole et Crédit Coopératif.

Management ? Avec des salariés à la fois détenteurs du capital et décisionnaires sur le mode 1 personne = 1 voix, le modèle coopératif des SCOP donne du pouvoir aux salariés. Un modèle de gouvernance collectif et horizontal qui fait écho aux aspirations actuelles, mais qui reste minoritaire et marginal.

La maousse big entreprise d’État

C’est quoi ? France Telecom, La Poste, SNCF…Créée pour assurer la gestion des communs à l’échelle d’un pays, la grande entreprise voit son monopole encadré par un État tuteur et actionnaire.

Management ? Garants d’un service public de qualité, les employés sont des fonctionnaires assujettis à une administration pyramidale et soutenus par de puissants syndicats. En plus d’un socle solide de protection sociale, ces entreprises offrent des avantages : résidences, lieux de villégiature ou centres de santé. À partir des années 1990, l’irruption des techniques de management néolibérales conduit à réformer ce modèle pour l’ouvrir à la concurrence, avec des conséquences tragiques, comme ce fut le cas avec une vague de suicides à France Telecom. 

La multinationale globalisée qui gobe tout

C’est quoi ? Véritable pieuvre qui se déploie sur plusieurs continents, la multinationale globalisée répond aux exigences qui s’accélèrent au mitan du XXe siècle. Exxon Mobil, Coca-Cola, Nestlé, LVMH, Samsung…, ces firmes mondiales sont des superpuissances dont le pouvoir d’influence rivalise parfois avec celui des États.

Management ? Pour les salariés, la construction en filiales et l’ancrage local permettent d’évoluer dans un environnement multiculturel qui valorise l’idée de « village global ». Ce mode de gouvernance est critiqué pour sa verticalité, le poids du siège qui exerce un contrôle souvent très rapproché et son fonctionnement en silos. La multinationale s’incarne dans une culture du reporting et de la stratification aujourd’hui hégémonique.

Le campus Google à Mountain View, en Californie (Wikipedia, Austin McKinley)

La startup wannabe licorne

Philosophie ? Entreprise construite sur l’idée d’une innovation à fort potentiel de croissance, et avec la volonté de prendre une position dominante sur les marchés. Cette structure est imprégnée par la culture hacker et geek basée sur la débrouille, qui promeut agilité, horizontalité et dépassement de soi.

Management ? La startup apprend à travailler sur le mode test and learn et valorise l’expérimentation. Une ambiance « famille » et un climat de dépassement de soi qui conduisent à des burn out en série et à de franches désillusions.

La plateforme numérique

Philosophie ? Un modèle économique qui repose sur l’exploitation de datas générées chaque jour par les utilisateurs. Ces commerçants 3.0 collent aux attentes des consommateurs, jusqu’à anticiper certains de leurs besoins, sans détenir ou produire les services et biens consommés (AirBnB, Facebook, Google, Uber...).

Management ? Simple intermédiaire, la plateforme repose d’une part sur le travail de travailleurs indépendants, mal rémunérés, sans couverture sociale et mis sous pression, et d’autre part sur celui de salariés du siège grassement rémunérés et biberonnés à une culture d’entreprise qui valorise le babyfoot et la distribution gratuite de bonbons.

L’entreprise libérée

Philosophie ? Sensible au mantra de l’époque qui veut que l’entreprise soit plus soucieuse de ses externalités sociales et environnementales, l’holacratie s’inscrit dans une démarche de responsabilisation des salariés, lesquels s’organisent en mode projets. 

Management ? Autonomie, confiance, l’entreprise libérée propose la fin de l’orthodoxie managériale, mais elle fait plus d’admirateurs et de curieux que d’émules. Notamment parce que les managers y perdent du pouvoir, quand les salariés se retrouvent constamment sous pression. Un chantier énorme, gourmand en investissement, et qui doit mobiliser toutes les énergies avant de faire la preuve de son efficience économique.


Cet article est paru dans le numéro 25 de la revue de L'ADN.
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