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L'innovation comme levier d'une économie circulaire rentable ?

Selon Cécile Sémériva, directrice innovation chez Citeo, pour accélérer l'adoption de l'économie circulaire, l'innovation est clé. Décryptage.

Issu de Circular Challenge, programme d'open innovation de l'économie circulaire de Citeo, le cahier tendances 2021 confirme quatre grandes tendances : Nouveaux usages, Territoires & Synergies d’acteurs, Deeptech & transformation digitale et Matières innovantes. Cécile Sémériva nous éclaire sur les différents champs prospectifs de ces 4 tendances et note pour l’année 2021-2022 deux axes structurants : l’industrialisation et la collaboration.

La première tendance explorée par le cahier et qui met en exergue les nouveaux usages interroge la question de la circularité des services. Qu’entendez-vous par là ?  

Cécile Sémériva : Ça signifie qu'au-delà de la création d'un emballage ou d'un produit innovant, on se concentre sur l'innovation dite d'usage et le lien entre celui qui conçoit l’innovation, son utilisateur final mais aussi celui qui, en amont, travaille le sujet. La réflexion porte donc davantage sur le lien et l'économie de la fonctionnalité que sur un service pur.

Deux grands thèmes – nouveaux usages – ressortent : la circularité des services et le vrac à l’échelle. Dans la première thématique, on trouve deux projets qui nous ont interpellés :  Hipli, créateur d’une pochette réemployable plus de 100 fois et qui vient de signer deux partenariats stratégiques importants, avec Colissimo de La Poste et la marketplace Cdiscount, et Pyxo, qui accompagne les restaurateurs dans leur transition vers des emballages réemployables. Parmi les solutions de passage du vrac à l’échelle on retrouve des projets comme Jean Bouteille, qui propose des dispositifs de vrac liquide et Algramo, qui développe des solutions de vente au détail.

Les nouveaux usages sont donc un sujet très important pour nous car ils représentent une nouvelle source de création de valeur économique pour les entrepreneurs, mais aussi pour les metteurs sur le marché qui ont besoin de solutions alternatives à ce qui existe aujourd'hui, d'autant lorsque le recyclage n'est pas possible.

Autre tendance qui se consolide : la deeptech. Les solutions digitales adossées à une blockchain permettent-elles de créer de la valeur ?

Oui, le sujet était jusqu'à présent peu investi. En effet, pour ceux qui sont à l’origine d’un emballage, la traçabilité et la transparence sont cruciales et créatrices de valeur. La deeptech associée à la traçabilité de l'emballage pour l'ensemble des acteurs de la chaîne est donc un sujet fondamental.

Je pense notamment à des structures comme New Hope Ecotech, qui développe des solutions de traçabilité des emballages qui permettent aux entreprises de certifier leur responsabilité. Autre technologie deeptech importante, le marquage on-pack. Sur ce secteur existe le projet HolyGrail qui développe une technologie de marquage invisible pour optimiser le tri.

Concernant le recyclage et les centres de tri, on peut citer le cas de Lixo qui travaille sur une solution d'intelligence artificielle, à savoir des algorithmes de reconnaissance visuelle, pour la caractérisation des déchets. L’objectif ici est d’optimiser la performance de l’industrie du recyclage en renvoyant les bonnes informations sur la chaîne.

Dans ce cahier de tendances, vous avez une sous-tendance « industrialiser l’innovation ». Que voulez-vous dire par là ?   

Ça concerne les matières innovantes. Un exemple qu'on trouve particulièrement intéressant : il s’agit de la société Lactips qui crée des emballages à base de caséine de lait impropre à la consommation. Ils ont inventé un procédé qui permet de transformer cette caséine de lait en film souple, qui se désagrège totalement en fin de cycle de vie. Lactips était au départ un centre de recherche dans un laboratoire. Elle s'est ensuite constituée en société, un préalable nécessaire pour que Citeo puisse intervenir, et nous avons pu les aider à se déployer en relation avec des grandes marques.

Dans le cadre de ce projet notre idée était de passer à l'échelle et donc d'industrialiser cette innovation. Nous les avons accompagné pour rationaliser leur impact et apprendre à l'expliquer. Lactips a donc travaillé avec la direction écoconception de Citeo sur le déploiement de sa technologie, tant d'un point de vue technique, qu’appétence marché. Idem pour Malengé, PME qui en collaboration avec notre direction écoconception a twisté son processus pour aller vers des emballages souples (sur une base de papier thermoscellable) de façon à pouvoir industrialiser sa solution.

Si nous parlons de Lactips et Malengé dans notre cahier de tendances, c'est pour expliquer que notre mission est de faire cranter les innovations de façon à ce qu’elles collent aux besoins du marché. On a une approche très pragmatique.

Observez-vous, côté client, une réflexion autour de l’économie circulaire comme une économie potentiellement rentable ?  

Pour nous, c'est extrêmement important et bien sûr, on vise à ce que l’économie circulaire soit rentable. On travaille au « modèle économique circulaire », on parle donc bien de modèle économique. Quels sont les points de rentabilité potentiels de toutes ces innovations pour nos clients ?  Comment travaille-t-on sur la mesure de l'impact en allant au-delà des critères ESG qui sont insuffisants ? Comment travaille-t-on sur la circularité totale ? Comment, économiquement, cette circularité peut-elle être viable ? C'est tout le sens de notre action, à savoir trouver des solutions pour réussir à faire performer l’économie circulaire.

Si nous travaillons en concertation et en collaboration avec l'ensemble des acteurs, c'est dans l’optique d’arriver à une performance économique de la circularité. Et pour répondre plus précisément à votre question, oui, on engage des voies extrêmement encourageantes. Ce n'était pas le cas il y a quatre ou cinq ans. Mais ça le devient de plus en plus.


Le saviez-vous ?

Depuis la création de Citeo, entreprise à mission chargée de réduire l’impact environnemental des emballages et papiers ménagers, les entreprises de la grande consommation et de la distribution ont investi plus de 11 milliards d’euros pour développer l’écoconception, afin d'installer et de financer la collecte sélective et de créer des filières de recyclage, avec leurs partenaires collectivités locales, filières et opérateurs. Aujourd’hui, 68 % des emballages ménagers et 60,5 % des papiers sont recyclés grâce au geste de tri.

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